Compte Rendu 5ème Mission à Ighil Ali

Le Futur a besoin des Terroirs

Compte rendu de la 5 ème Mission à Ighil Ali

Du 10 au 20 octobre 2018

avec

Carmen Caillet, Valentine Pallas, Anne Schmitt et Philippe Bouvet

Bilan de la Mission

Cette nouvelle Mission avait deux objectifs principaux :

  • 1er objectif

Terminer le 1er projet mis en place, depuis 2 ans, entre l’école primaire d’Ighil Ali et l’école privée de Saint Félicien. Apporter une valise de livres de littérature enfantine et faire autour de ces livres, 3 animations en français pour les enfants des deux écoles d’Ighil Ali. En ANNEXE 1 vous trouverez le compte rendu spécifique présenté par Carmen.

  • 2 ème objectif

Lors de notre précédente Mission en avril 2018, des représentants d’une association d’apiculteurs de Grande Kabylie, étaient venus à Ighil Ali nous rencontrer. Ils souhaitaient que nous leur apportions des conseils et de l’aide. Nous leurs avions indiqué que cela était tout à fait le but de nos missions en Kabylie et nous avions promis de revenir accompagnés d’un professionnel des ruches. Après recherche au sein de Planète Terroirs, Jacques Lefort nous a indiqué Valentine Pallas, professionnelle de l’apiculture à Valleraugue dans le Gard. Elle a tout de suite été séduite par l’idée de ce voyage découverte. Vous trouverez en ANNEXE 2 son compte-rendu sur les 2 journées de rencontres-débats organisées par les apiculteurs locaux.

  • D’autres objectifs étaient aussi à notre programme :

Anne Schmitt a pour sa part rencontré une étudiante algérienne qui demande à s’inscrire en co-tutelle de thèse avec l’Université Lyon 2. Son projet de thèse porte sur le repérage et l’étude des aqueducs romains en Algérie. Elle souhaite pouvoir venir à Lyon pour réaliser des analyses au laboratoire. Des dossiers de demandes de bourses sont en cours.

Autre objectif de notre Mission, faire le point avec les membres possibles de deux associations locales en cours de création pour la défense du Terroir d’Ighil Ali.

Voilà où nous en sommes :

Une première association intitulée Adhrar (la montagne) a déposé ses statuts et a obtenu l’agrément dans la semaine du 21 au 25 octobre. Elle se compose de 11 membres. Nous avons assisté à une de leur réunion. Leur objectif est de rassembler les savoir-faire de la commune d’Ighil Ali, principalement dans le domaine agricole. Lors de cette réunion nous leur avons conseillé d’intégrer comme adhérentes des femmes qui produisent du piment car c’est là un élément important de ressources. Nous leur avons conseillé de ne pas se lancer dans les querelles qui opposent les producteurs d’huile d’olives, ceux qui veulent récolter en octobre et avoir une huile moins acide et ceux qui veulent récolter au 15 décembre en respectant la tradition. Nous leur avons demandé d’intégrer des producteurs des deux catégories ce qui peut élargir leur offre. Pour aider les femmes qui font du piment nous leur avons envoyé, dès notre retour, les plans pour réaliser à moindre frais des séchoirs solaires. 

Une deuxième association vient de déposer ses statuts. Elle est mise en place par des jeunes que nous connaissons qui souhaitent aussi défendre leur Terroir. Nous les avons rencontré aussi. Nous leur avons conseillé de ne pas marcher sur les pieds de l’autre organisation mais au contraire, à côté d’eux, en mettant comme premier objectif la Promotion des savoir faire d’Ighil Ali. Nous leurs avons dit d’être prêts à aller à l’extérieur d’Ighil Ali dans les foires, les marchés, les fêtes…montrer les produits de leur commune, les faire déguster et donner les références des producteurs aux acheteurs éventuels, dès que l’autre association sera organisée. 

Nous avons promis à ces deux associations de leur faire parvenir des maquettes pour une étiquette de leur Terroir qu’ils pourront faire modifier à leur convenance. Nous allons pour ce faire nous adresser au neveu de Djamal, natif d’Ighil Ali, et qui travaille dans une entreprise de conception de ce genre de produits, à Lyon.

PERSPECTIVES

Mises en route de 3 projets pour les écoles d’Ighil Ali. Projets pouvant être intégrés à L’Ecole des Terroirs par Carmen Caillet avec Anne Schmitt pour le patrimoine.

Projet 1 : Découvrir son terroir

  • Elaborer un outil pédagogique pour faire découvrir le monde des abeilles aux élèves. Il sera proposé en dehors du temps scolaire en plusieurs séances. Il restera ensuite à la disposition des enseignants. Ce projet s’inscrit dans une prochaine collaboration avec l’association des apiculteurs de Tazmalt, de Ait- Mellikeche et Mme Valentine PALLAS apicultrice française.
  • En effet il pourrait, dans un deuxième temps aboutir à: 
    une intervention des apiculteurs dans les écoles ou sur place.
  • Et dans un troisième temps à :
    une découverte du métier d’apiculteur avec un mini -stage au Centre de formation de Tazmalt.

Projet 2 : Découvrir sa culture

Élaborer un parcours sous forme de jeu de piste pour découvrir les empreintes historiques et culturelles de la casbah d’Ighil Ali. Cet outil serait disponible pour les enfants accompagnés de leurs parents. Une première intervention sur place, avec des enfants, sera nécessaire pour vérifier le circuit et valider les activités proposées. À cet effet vendredi 19 Octobre, l’archéologue Anne Schmitt et moi-même avons sillonné les rues de la casbah afin de répertorier les empreintes historiques et culturelles du village d’Ighil Ali (enregistrement du circuit et photographies).

Ceci dans le but d’élaborer le prochain projet en direction des enfants. L’idée est de les inciter à découvrir certaines maisons et à identifier des détails tels que des sculptures sur les portes en bois par exemple. On peut prévoir ensuite de laisser la tâche à une personne du village, motivée et compétente.

Projet 3 : Littérature

  • Acheminer d’autres livres de littérature jeunesse française pour constituer une véritable bibliothèque de travail.
  • Proposer deux autres animations lors d’un prochain séjour et rencontrer une personne qui pourra intervenir de la même manière pour les enfants du village tout au long de l’année.
  • Faire venir à Ighil Ali l’écrivain kabyle Fatima Kerrouche qui écrit des livres pour enfants sur la culture kabyle. Mme Boudjemat travaille sur ces textes. Cette personne habite Montpellier, et s’est déjà déplacée à Guendouze, village près d’Ighil Ali.

Des projets sur l’apiculture par Valentine Pallas :

Il va falloir étudier les possibilités et trouver du temps disponible.

D’autres projets

Nous espérons la création d’une association de défense du Patrimoine d’Ighil Ali comme nous l’a promis le maire. Il existe dans chacun des villages de la commune des maisons anciennes qui méritent d’être mises en valeur. De plus, de nombreux habitants n’ont pas  connaissance de la valeur de ce patrimoine. Des opérations de sensibilisation sont indispensables pour préserver ce qui peut l’être.

Notre rencontre avec les apiculteurs au Centre de Formation Professionnelle et de l’Apprentissage nous a fait découvrir une direction de ce CFPA particulièrement motivée pour relancer l’apprentissage des jeunes vers l’agriculture. De plus, leur CFPA a été choisi dans un programme financé par l’Union Européenne. Yannick Normand va se mettre en relation avec le directeur du CFPA.

Nous allons essayer de prendre contact avec cette Délégation de l’Union Européenne en Algérie pour voir s’ils peuvent nous aider dans nos projets.

Voilà le C.R. d’un voyage très dense, mais nous pensons très fructueux et ouvrant des perspectives d’avenir.

Pour simple rappel, notre ami Djamal nous a accueilli dans sa famille pendant 10 jours. Cela nous a particulièrement touché, mais rien d’étonnant, c’est un kabyle !!!

Les membres de la Mission

ANNEXE 1

Autour des écoles

Ighil Ali – Mission Education

Œuvres de littérature jeunesse :

Les oeuvres littéraires ont été acheminées sans problème vers Ighil Ali sous la condition d’établir auparavant la liste validée, tamponnée et signée du Président de l’APC (Maire). La bibliothèque municipale n’étant pas encore en service, ces oeuvres ont été déposées au bureau de l’Inspection de l’Education Nationale du village. Elles pourront être empruntées par les professeurs. La gestion du prêt sera assurée par la secrétaire de l’Inspection.

Une clé USB chargée d’outils pédagogiques pour les enseignants a été remise à l’inspecteur Mr BASSAID .

Interventions en bibliothèque :

Deux animations ont été proposées en bibliothèque : le samedi 13 Octobre et le mardi 16 Octobre après-midi de 13h à 15h. Vingt élèves de 8 à 10 ans, venant des deux écoles du village étaient présents à chaque intervention. Nous avons été très surpris par l’intérêt des enfants et leur niveau de compréhension de la langue française. Les ateliers qui ont suivi la lecture ont été réalisés avec beaucoup de motivation.

Etaient présents : Mme Tassadit BOUDJEMAT , professeur de français , Mr Messaoud DRIS , directeur de l’école Ahcène Hamouche et le mardi, Mr Khiari BASSAID, inspecteur de l’Education Nationale. Tous étaient très contents du travail proposé. Les parents nous ont témoigné un accueil chaleureux

Intervention à l’école Ahcène Hamouche :

Suite à la demande de Mme BOUDJEMAT, le jeudi 18 Octobre , les 32 correspondants de la classe de 2ème AP ont participé à l’ animation autour de l’album du mardi . Pendant cette animation j’ai présenté la mascotte de la classe de maternelle de l’école privée de St Félicien : « Loulou ». Loulou a rencontré sa copine kabyle du nom de « Tili ». En effet, une mascotte identique offerte, avait été habillée avec le costume kabyle par du personnel de l’école, durant la semaine. Cette mascotte aura le même rôle pédagogique que celle de l’école de St Félicien, à savoir un outil de communication et d’écriture.

Visite à l’école de Zina :

Le Mardi 13 Octobre au matin, accompagné de Mr BASSAID, je rendais visite aux enfants de l’école de Zina. 11 élèves m’attendaient. Après une animation avec la mascotte, chants et jeux en français des crayons ont été distribués aux enfants. Ils étaient très heureux de les recevoir car cette école très isolée, manque de matériel.

Visite des écoles de Ait-Mellikeche et de Taghalat ( haute kabylie – willaya de Tizi Ouzou) :

Le Mercredi 15 Octobre visite rapide des deux écoles – Rencontre avec les enseignants qui sont aussi demandeurs de relations avec la France.

Carmen Caillet

ANNEXE 2

L’apiculture

Séjour du 10 au 20 octobre 2018

 

Le vendredi 12 nous avions rendez-vous avec les représentants de l’association des apiculteurs Tizizwit d’ Ugama basée à Tazmalt. Ils nous ont fait le topo des deux journées à venir, la 1ère au CFPA de Tazmalt, la 2ème à Benimellikech village perché dans la montagne. Le premier contact a été riche d’échanges et nous aurions pu passer plusieurs heures à parler des abeilles si chacun n’avait pas eu un emploi du temps chargé. Ce premier contact me rassure sur les attentes de l’association, c’est véritablement un échange qu’ils attendent. 

Le lundi 15, Karim Agaoua vient nous chercher à Ighil Ali pour nous amener au CFPA de Tazmalt, après les nombreuses civilités d’usage nous rentrons dans le vif du sujet. La conférence commence, il y a un grand nombre d’apiculteurs, quelques professionnels mais surtout un grand nombre d’amateurs qui pratiquent l’apiculture en complément d’une autre activité. Il m’est difficile de parler d’une apiculture durable quand je sens que les attentes sont plus tournées vers une apiculture de grande rentabilité (celle que je ne veux pas pratiquer). Ils sont très en avance en ce qui concerne l’apithérapie, et pratiquent une apiculture moderne.Je peux raconter ma façon de travailler et il y a une bonne écoute, des questions pertinentes. Si en France notre plus grand souci est l’effondrement des colonies dû aux pesticides, eux subissent très peu de pertes de cet ordre. Leur plus grande préoccupation étant le bol alimentaire des abeilles, la recherche et la plantation d’espèces mellifères, afin de pallier aux manques et d’avoir de meilleures miellées. La journée se termine par la visite d’un rucher, Ahcene Zeggane nous amène chez lui pour visiter ses ruches, très bel endroit rempli de plantes et d’arbres mellifères, les abeilles Kabyles sont très douces. En aparté quelques apiculteurs me remercient d’avoir parlé des ravages des pesticides sur les colonies d’abeilles.

 

Le mercredi 17 nous sommes dans les montagnes, visite de quelques lieux remarquables, puis civilités d’usage et conférence devant une assemblée un peu plus dense. Ici le paysage est moins aride il y a une grande diversité de végétation et ma manière de pratiquer l’apiculture a une autre résonnance, les gens sont très conscients que ce qui nous arrive en France avec les pesticides peut arriver aussi ici. Ils comprennent et oeuvrent aussi pour que l’abeille soit respectée et préservée. En aparté, après la conférence, certains formateurs du CFPA me confient que les formations devraient se tourner plus vers la préservation des abeilles. Je suis heureuse d’être venue et d’avoir partagé ma vision du futur de l’apiculture, durable, écologique, respectueuse. Il y a eu de l’écho, c’est la chose la plus importante à mes yeux. Je voudrais dire aussi que partout nous avons été reçus avec une grande gentillesse et beaucoup de générosité, c’est la signature kabyle.

 

 

Valentine Pallas

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